| LES ETOILES SONT EN DESORDRE Pétronille pense si fort à tous ses enfants que ça fait une fleur rose autour d'elle, avec cent vingt pétales. Claude Ponti pense si fort à sa fille Adèle que ça fait un livre autour de lui, puis deux, puis presque trente, avec beaucoup de pages. « La fenêtre » de Tromboline et Foulbazar s'envole à tire d'aile. Les chaises de « Blaise, dompteur de tache », avancent quand on fait VROUMMMMMMM. La chemise de nuit dans « L'Ecoute-aux-Portes » transporte Mine dans un pays inconnu quand elle l'enfile. Claude Ponti adore marcher à pied dans les rues de Paris. Il a aussi été coursier à « l'Express ». Et il pense que l'imagination, c'est comme le vélo, si on apprend assez tôt à en faire, on continuera tout le temps à pédaler. Tout va de travers au début de « L'Ecoute-aux-portes », et dans le ciel, même les étoiles sont en désordre (c'est-à-dire alignées en rangs d'oignons, comme sur le drapeau des Etats-Unis). Claude Ponti a acheté il y a cinq ans un petit carnet de notes qui est toujours resté blanc. Il a un ordinateur qui fait disparaître on ne sait où tous les dossiers. Mais ce n'est pas grave, dans sa tête, les idées sont bien dérangées. Dans les histoires de Claude Ponti, Les livres sont des toits, des murs protecteurs qu'on peut traverser, des tentes de camping, des provisions plein le cabas des mamans. Claude Ponti déteste les livres qui sont finis en cinq minutes. et d'ailleurs, vous avez déjà essayé de construire une maison ou de remplir le réfrigérateur en cinq minutes ? Quand Clarisse et ses parents prennent un grand goûter de nuit, au lit, sous « La Tempête », il est composé de : bananes, morceaux de sucre, café au lait, biscuits à la cuiller, sans oublier les cornichons. Quand Okilélé prend un bain, c'est un bain de café au lait, avec des bateaux-tartines de crème de gruyère au chocolat. Quand Claude Ponti fait la cuisine, il ne dit pas «ça sent bon», ni «c'est cuit », mais «les couleurs me plaisent » Et quand il prépare des bananes fondues, c'est au four à micro-ondes, car elles y prennent un joli ton jaune soutenu et mordoré. «Mon rêve, déclare-t-il, c'est de cuisiner un cèpe de telle manière qu'on ne voie pas qu'il est cuit, qu'il ait l'air de sortir de la forêt.» Oum-Popotte cherche un nom pour le Chien Invisible, mais c'est difficile car il ne connaît pas de magasins où l'on vend des noms ni de jardins où les noms poussent. Claude Ponti a trouvé à l'intérieur de lui-même les noms de Lellébore-Lasphodèle, Front-d'Eson-L'Ecarte-Pluie, Niagara Tiboize, Martin Réveil, La Tempêteuse bouchée, Séquoi-Yaparla-la-Questionnante, et une bonne cent-cinquantaine d'autres. Ortic, la salade dévoreuse d'enfants perdus de « L'Arbre sans fin » bondit sur Hipolène en hurlant : «Je n'ai pas peur de toi ! - Moi non plus je n'ai pas peur de moi ! » répond Hippolène qui est devenue très brave. Certains croient que Claude Ponti a commis une erreur, une coquille ou un lapsus. Mais non : il a seulement écrit une histoire initiatique, comme il en a le secret. Dans « L'Arbre sans fin », Hippolène est si triste de la mort de sa grand-mère qu'elle se transforme en larme. Dans « Parci et Parla », Le Petit Chaperon Rouge est devenu aveugle parce que personne n'a ouvert le livre de son histoire depuis mille ans. Dans « L'Ecoute-aux-Portes », le monde se détraque dès qu'un papa s'endort en racontant une histoire. Mais tout finit toujours par s'arranger, car Claude Ponti pense que la vie est tellement triste qu'il vaut mieux en rigoler. Sophie Chérer. Extrait de L’Album des Albums, l’école des loisirs, 1997. |